Hello toutes et tous
Après un tas de photos remontant jusqu’à octobre dernier – il était quand même bien temps que je m’y colle –, voici les dernières news du duo de baroudeuses à quelques heures (enfin ça c’était la semaine dernière, déjà !) de la séparation. Nous espérons bien que l’aventure ne s’arrête pas là et nous avons bien quelques idées de projets en commun, mais pour le moment nos vies et envies respectives appellent à la séparation. Dans 15 jours Delphine rentre sur Bruxelles pour le mariage de son frère. Elle sait déjà, comme moi lorsque je rentrais de Chine il y a 2 ans, que ce ne sera que pour un bref passage. Voilà presque un an qu’elle est partie et le bout du monde l’appelle encore… Et moi, partie 6 mois avant, de mon coté, même si je pense aussi des fois au retour, j’ai encore envie de suivre quelques cours pour étayer ma connaissance du corps et de l’esprit dans la tradition indienne, yoga et ayurveda oblige !
Dès aujourd’hui, je vais donc me mêler à la vie communautaire de l’Ashram de Sivananda près de Trivandrum, où nous avons fait un petit test de 3 jours 2 semaines auparavant, pour y suivre un cours d’un mois sur comment enseigner le yoga. Non contente d’apprendre pour ma propre pratique, je sais que le meilleur moyen de progresser et d’évaluer ma propre compréhension du yoga est de transmettre à d’autre ce que j’en ai appris. Vaste sujet lorsque l’on sait que le yoga est une philosophie de vie au même titre que le bouddhisme. Allez, au boulot!
L’Inde incroyable comme l’affiche son slogan est un pays d’extrêmes, une terre de passion. C’est pour ça qu’on l’aime tant ou qu’on la déteste, mais jamais elle ne laisse indifférent ! C’est probablement là que l’association entre Delphine et moi prend sa source. Moi j’y suis littéralement tombée aveuglément passionnément amoureuse au point de tout plaquer. Total abandon ! Delphine a juste tout plaqué pour partir à l’aventure, à la découverte du monde et d’elle-même. Après 7 mois à voyager seule en Asie du Sud Est, elle se sentait prête, mais la semaine passée entre Delhi et Varanasi avant de rejoindre le Népal où nous nous sommes retrouvées au mois d’octobre dernier lui avait laissé un goût plutôt amer. C’était simplement trop pour elle. Trop de misère, trop de crasse, trop dérangeant… Nous avons eu l’occasion d’en parler en long et en large pendant notre trek dans les Annapurna. Certes l’Asie du Sud Est et l’Inde c’est encore bien différent, mais ces 2 grandes villes du nord de l’Inde sont assurément percutantes pour les non avertis, carrément pas d’un abord facile pour une 1ere approche. Faudrait surtout pas en rester là !
Même si j’ai toujours eu cette exaltation à partir découvrir des terres inconnues, bien des fois je me suis dis que faire la touriste ou même l’aventurière toute seule ne m’amusait pas bien longtemps. Heureusement, je me suis toujours plus éclatée à me poser quelque part pour suivre des cours de ceci, de cela… où encore à farnienter, méditer, jouer de la guitare ici ou là… Mais j’ai bien aussi toujours eu dans l’idée que j’aimerais beaucoup trouver quelqu’un avec qui partager mes envies de voyage dans la durée. Je voyais plutôt un partenaire masculin qui s’y connaîtrait un peu plus que moi en moto pour parcourir les routes d’Inde en toute liberté, les cheveux au vent… Mais à la place, la vie a décidé de m’offrir une compagne de voyage qui rêvait tout autant que moi d’un partenaire à moto, tout en s’y connaissant aussi peu que moi. Voilà comment après un trek de presque 4 semaines et encore 3 semaines à se la couler douce ou à visiter du Népal, on a décidé de suivre la route de l’Inde du Sud ensemble … sans moto… Et ça s’est fait !
Au-delà de faire la route ensemble, nous avons vraiment appris à partager nos passions respectives. Des trucs improbables : Delphine s’est mise à la méditation Vipassana, je me suis mise à dessiner dans des temples ou à croquer des inconnus dans des restaurants ou encore sur la plage! Entre moi qui favorise plutôt un rythme de vie lent et tranquille et Delphine qui a la bougeotte, nous nous sommes ajustées pour que chacune y trouve son compte. Aussi après 1 mois passé à Mamallapuram, principalement pour que je puisse suivre les cours qui m’intéressaient, entrecoupé de quelques excursions à la journée à Pondichéry ou sur le site communautaire d’Auroville ou dans la campagne environnante à moto, tant que nous avions notre chevalier-servant-photographe Stéphane pour nous accompagner, puis 2 jours à Kanchipuram à commencer à visiter des temples et une association d’œuvres sociales indienne… en attendant la retraite méditative qui en 10 jours allait finir de convaincre Delphine non seulement du bien fondé de la méditation mais aussi des plaisirs que la nourriture indienne peut amener au palais, nous nous sommes pour de bon mise en route : 3 jours à Trichy, 2 jours à Tanjore, une journée à Kanyakumari au Cap Comorin, 1 jour à Trivandrum, 3 jours à l’ashram de Sivananda, 1 nuit à Kollam, 3 jours à l’ashram de Ama, 5 jours à Allepey et pour finir 4 jours à Fort Kochin… En 4 semaines nous avons taillé la pointe de l’Inde entre Tamil Nadu et Kerala!
A la fois d’un rythme soutenu mais veillant à prendre le temps de ne pas courir dans tous les sens… de bon matin, assidue à la pratique de la méditation et du yoga, les journées se sont succédées entre temps de voyage en bus, en train, en bateau… temps de visite des villes, des temples, des phares, des villages de pêcheurs, des marchés… temps de dégustation des saveurs locales : des iddly au chutney de coco et dosa au sambar en guise de petit dej local, des repas végétariens au déjeuner, des crevettes à l’assaisonnement brûlant, du poulet tikka cuit au tandoori ces traditionnels fours en terre, aux poissons et fruits de mer fraîchement cueillis au retour des pêcheurs et préparés au restaurant le soir… puis le temps de savoir où on allait dormir, pas toujours reposant, mais on a toujours réussi à se dégoter la chambre cosy ou acceptable, confortable et parfois même luxueuse où on finirait par prendre un excellent repos !
Nous avons aussi partagé les passions des autres, comme récemment, dans la petite ville au premier abord plutôt insignifiante de Kollam, porte d’entrée dans les back waters du Kerala, entrelacs de rivières séparés de la mer parfois juste par un fin bras de terre, nous avons rencontré une vieille canadienne retraitée du service des affaires étrangères, Jane, qui nous a transmis sa passion pour toute une nuit ! Tout a commencé dans un petit resto local, à prendre des iddly, cette pâte de riz cuite à la vapeur en forme de petites soucoupes volantes et des dosas, ces crêpes géantes salées, servie avec le sambar, le curry de légume et de lentilles, pour le petit déjeuné, elle nous aborde juste pour nous dire que ce soir il y aura du Kathakali dans un temple pas très loin. Justement quelques jours avant j’avais peiné à comprendre les explications d’un bonhomme au téléphone pour en voir justement à Trivandrum. Ça tombe à pile poil ! Elle nous donne le nom d’un temple où nous rendre à partir de 10 heures du soir. Pour tout dire ce n’est pas trop dans nos habitudes de nous promener dans la campagne indienne à ces heures-ci. Aussi pour faire plus simple, je lui demande si on peut y aller avec elle, vu qu’elle a l’air de tout savoir.
Nous la rejoignons donc au même restaurant, juste à côté de sa guesthouse et pas loin de la station de bus, et nous voilà partie pour passer la nuit dans un temple. Sans s’en douter nous étions tombée sur la meilleure personne qui soit pour nous introduire à cet art religieux Kéralais, le Khatakali, théâtre dansé dont les histoires sont tirées des grandes épopées de la mythologie hindoue telles que le Mahabharaata ou le Ramayana. Et pour sûr qu’elle en savait, ça fait 20 ans qu’elle se rend la moitié de l’année dans le Kerala à écumer tous les spectacle de Kathakali et a écrit 6 livrets de traduction des pièces en anglais, pour venir en aide aux néophytes qui pour sûr, on peut de chance d’y comprendre quelque chose entre des chants en Malayalam et un langage corporel extrêmement codifié fait de mudras. Outre ses commentaires d’introduction passionnés, voir limite envahissants mais clairement bien intentionné, nous faisant asseoir au 1er rang devant tous les indiens déjà installés, comme chez elle, elle nous prête un de ses livrets pour nous permettre de suivre l’histoire du roi Harischandra. Les comédiens dans des costumes et coiffes immenses, des maquillages forcés, les yeux rougis, accompagnés de 4 percussionnistes et 2 chanteurs, que des hommes, vont la nuit durant offrir leur spectacle aux dieux, jusqu’au petit matin. 8 heures, sans pause, que nous avons passé à en pendre plein les yeux, les oreilles et les crayons à dessins… Fabuleux !
Une autre fois nous avons aussi partagé une vie de famille indienne musulmane, pour changer ! Et comme si c’était une habitude de se faire inviter au petit déjeuner… ainsi dans un de ces vegetarian hotels, qui est essentiellement un restaurant comme son nom ne l’indique pas du tout, un indien, Mohamad, comme tant d’autres commence à me faire la conversation alors que j’allais me laver les mains… me demande d’où je viens, mon nom, etc. Me parle de son oncle qui habite en France… Mais contrairement à d’autres qui généreusement lance une invitation à leur maison sans jamais trop dire où ils habitent, à la fin du repas il me tend un papier avec son nom, numéro de téléphone, l’adresse de son oncle en France ! Il habite Tanjore et c’est justement là ou nous nous rendons le jour même pour y passer quelques jours. Tiens ça pourrait être sympa comme expérience, passer notre dernier jour à Tanjore, en famille.
Je l’appelle la veille il veut déjà venir nous chercher à notre hôtel pour le dîner ! Non, non ! Demain, ça ira bien, le rendez-vous est pris pour 10h. Il vient nous chercher avec sa nièce sur son scooter. Nous le suivons jusque chez lui en Rickshaw. Arrivé chez lui tout le monde, mais vraiment tout le monde vient nous saluer de la famille, des voisins, des gens qui passaient par là… Après être allé au marché avec lui nous attendons le repas en faisant connaissance avec les voisins. Delphine se met au dessin. Pour le repas, nous sommes reçues avec tous les honneurs traditionnels. Servies en premier, tout le monde nous regarde manger, sauf les enfants qu’on ne fait pas attendre. Et au fur et à mesure qu’on vide l’assiette elle est re-remplie, tant et encore qu’on peine à les stopper ! C’est alors seulement, lorsque nous avons presque terminé, que la famille est servie, puis encore après des voisins ou des personnes qui ont aidé à préparer qui seront servis en cuisine. Repas de Reines ! ça ne s’arrête pas là… On nous offres une chambre à disposition pour une petite sieste, on nous teint la main au héné… on dessine Soumaiya, la fille de Mohamad. Trop enthousiaste au cadeau qu’il me fait du Koran traduit en anglais, voilà qu’il nous offre livres chacune, près à nous convertir ! Après un succulente journée en famille, Mohamad ne nous quitteras pas avant de nous avoir mises dans le train qui nous emmènera à notre destination suivante. Belle expérience indienne !
Je vous laisse pour quelques temps pour sur sans news (mais est-ce que ça changera vraiment de d’hab, … non) car je suis bien occupée par mon cours de yoga avec un programme de 5h30 du mat à 10h30 du soir, de retour à l’école, avec des devoirs et tout et tout… C’est intense, mais ça me plait à fond… Enfin je vous raconterai tout ça plus en détail, avec un peu de recul quand j’en sortirai… pas avant le 13 avril !
Des becots pleins d’amours
Sandrine